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Sofyane Mehiaoui, à 300 % pour les Jeux Paralympiques

À un an des Jeux Paralympiques de Paris 2024, qui se dérouleront du 28 août au 8 septembre, Vies de Famille vous propose de découvrir le portrait de 10 athlètes handisport inspirants.

Au moment où l’on rencontre Sofyane Mehiaoui, il est extrêmement concentré. Non pas qu’il prépare un tir à trois points, en champion de basket fauteuil qu’il est, mais il est très occupé à monter un dossier administratif auprès de la Mairie de Paris pour obtenir une subvention pour son propre club, le Paris Basket Fauteuil. Pour nous raconter son parcours d’athlète, il accepte de prendre une pause bien méritée.

 

Vous avez contracté la poliomyélite à la naissance et cela a eu des répercussions sur l’usage de vos deux jambes. Pour autant, cela a renforcé votre volonté de faire du sport. Comment vous est venue la passion du basket ?

Sofyane MEHIAOUI. J’ai grandi dans une école spécialisée où tous les élèves étaient en situation de handicap. Mon professeur d’éducation physique et sportive de l’époque voulait nous faire découvrir un maximum de sports différents, comme le volleyball, le tennis de table ou le basketball. Il a alors adapté chaque discipline à notre handicap. J’ai immédiatement accroché avec le basket fauteuil car c’est l’un des rares handisports à être semblable à la version valide. Les paniers sont à la même hauteur, ce sont les mêmes terrains. La seule différence, c’est la règle du « marcher ». Dans notre cas, on ne peut pas pousser notre fauteuil plus de deux fois avant de dribbler lorsque l’on a le ballon sur les genoux.

 

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce sport ?

S.M. Je trouve que le basket fauteuil est un sport complet qui suppose de la force pour pousser son fauteuil, de l’adresse pour pouvoir tirer des ballons à 3,05 mètres, de l’intelligence de jeu pour jouer collectivement à cinq, analyser la trajectoire du ballon, gérer les déplacements en fauteuil, surveiller les mouvements de ses adversaires… C’est aussi le sport le plus développé dans le monde du handisport. À titre personnel, ça m’apporte une certaine confiance en moi. Je ne me vois plus comme une personne en fauteuil, mais comme un athlète avant tout.

 

En mai 2021, vous créez le Paris Basket Fauteuil dans le 18e arrondissement. Qu’est-ce qui vous a motivé à fonder votre propre club handisport ?

S.M. Quand j’ai démarré le basket, vers l’âge de 15 ans, le seul club de basket accessible aux fauteuils était dans l’Ouest Parisien, alors que je vivais à l’Est. C’était compliqué pour moi de faire le trajet ! Ça m’a découragé. J’ai dû attendre de passer mon permis de conduire à 18 ans pour pouvoir rejoindre le club en voiture. Puis vers l’âge de 24 ans, j’ai entamé une carrière internationale en Italie et en Turquie. En revenant en France une dizaine d’années plus tard, j’ai constaté que la situation n’avait pas changé. C’est ce qui m’a motivé à créer un club para-accueillant !


En France, le basket en fauteuil ne s’est pas encore professionnalisé. C’est la raison pour laquelle vous avez fait le choix de faire carrière dans des clubs étrangers. Que retenez-vous de cette période de votre vie ?

Pour la première fois, j’ai pu vivre de mon sport et me concentrer pleinement sur mes entraînements et l’amélioration de mes performances. Cela m’a aussi permis de sortir de chez moi, de découvrir d’autres pays, d’autres cultures. C’était très enrichissant ! Je suis revenu en France car j’avais envie de me préparer pour les Jeux Paralympiques dans ma ville de cœur qu’est Paris.

 

Deux fois vainqueur de la Coupe d’Europe des clubs champions et vice-champion du monde en 2010 avec l’Équipe de France, qu’est-ce que vos performances disent de vous ?

Elles soulignent le fait que je suis quelqu’un de pugnace. J’ai vite compris que c’est en tombant qu’on apprend à se relever. J’ai perdu beaucoup de matchs avant de savourer mes premières victoires !

 

Quels sont vos prochains défis sportifs ? Comment vous y préparez-vous physiquement et mentalement ?

C’est simple : avec mon club, le Hurricane 92 Basketball, on vise le titre de Champion de France. Et avec l’Équipe de France, on vise la qualification aux Jeux Paralympiques de Paris 2024. Pour me préparer physiquement, j’ai la chance de faire des matchs tous les week-ends. Que ce soit avec le club ou l’Équipe de France, on essaie d’avancer petit à petit pour décrocher des titres. On est à 300 %, on va donner le meilleur !

 

Dans la vie, vous êtes également intervenant en sensibilisation handicap dans les établissements scolaires, les entreprises et les établissements pénitentiaires. Comment voyez-vous l’inclusion des jeunes en situation de handicap dans le sport aujourd’hui ?

Je pense que c’est une dimension importante qu’il ne faut pas négliger, même s’il n’y a pas beaucoup de clubs para-accueillants en France. Heureusement, ça commence à se développer, notamment avec des initiatives telles que le Réseau des clubs para-accueillant de la Ville de Paris, qui aide les clubs à se former. J’espère que les Jeux Paralympiques de Paris 2024 donneront une meilleure visibilité au handisport en France.

 

Comment vous voyez-vous dans 5 ou 10 ans ? Quels sont vos projets ?

Je pense continuer à développer mon club et, pourquoi pas, créer une deuxième structure dans le Sud-Est parisien ! J’ai envie de transmettre mon expérience et ma passion au plus grand nombre.

Linda Taormina

 

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