Amour, relations, sexualité : comment accompagner son ado ?
Amour, relations, sexualité : comment accompagner son ado ?
Comment aborder la question de la vie affective et sexuelle avec son adolescent ? Quel accompagnement, quelles ressources pour le guider, avec justesse et confiance, sur des questions aussi diverses que la puberté, la contraception ou encore l’orientation sexuelle ? Pour trouver des réponses, nous sommes allés à la rencontre de professionnels qui, au quotidien, dialoguent avec jeunes et parents au sein de lieux ressources.
C’est une maison nichée à quelques encablures du centre-ville de Niort, dans les Deux-Sèvres. Ce matin-là, une trentaine de collégiens d’une classe de troisième participent à une action collective sur la vie affective et sexuelle. Nous sommes à la maison des adolescents (MDA) l’Agora, un centre de prévention qui offre une espace neutre, confidentiel et bienveillant. Il accueille les jeunes de 11 à 25 ans, leurs parents et les professionnels. Une équipe d’une quinzaine de personnes (médecin, sage-femme, conseiller conjugal et familial, psychologue, assistante sociale, éducatrice, infirmière, animateur...) se mobilise au quotidien sur les sites de Niort, de Bressuire, et sur quatre antennes réparties dans le département. « Nous avons la chance, en tant que centre de
prévention, d’avoir une équipe pluridisciplinaire qui peut répondre à la grande majorité des situations » explique Frédéric Bouet, coordinateur de la MDA.
Apprendre à se connaître
Dans une première salle, Sophie Gatard, sage-femme, et Valérie Erbland, conseillère conjugale et familiale, commencent l’atelier avec les adolescentes de la classe. On se met à l’aise en partageant notre humeur du jour et la manière dont on aborde ce moment de partage dans l’écoute et sans jugement. « À la puberté, on se met à voir les autres d’une façon différente, démarre Sophie Gatard. C’est là-dessus que nous allons travailler. » Tour à tour, plusieurs sujets vont être abordés : qu’est-ce qu’une relation ? Comment laisser parler ses émotions ? Comment fonctionne le corps ? C’est comment la première fois ?... Rapidement, les langues se délient. La gêne des premières minutes laisse place à des échanges sincères et constructifs où chacune partage ses pensées. À partir d’un jeu de cartes disposé sur une table, les adolescentes en binôme posent leur question. « La première fois, est-ce que ça fait mal ? » « Oui » disent les unes, « Non » répondent les autres, « Ça dépend » finissent-elles par s’accorder. L’occasion pour la sage-femme d’introduire des notions sur le corps et d’expliquer, à l’aide de dessins et d’outils pédagogiques, ce qu’est l’hymen, par exemple. Une autre question amène le groupe à parler des émotions. On discute de la palette possible, de la peur, la joie, la tristesse ou encore la honte. « Souvenez-vous du film Vice-Versa ! », lance une participante. « Quand nos valeurs sont malmenées, on génère par exemple de la colère, explique Valérie Erbland. C’est précieux car cette colère peut susciter des réactions négatives mais aussi positives et nous renseigne sur nous. Toutes les émotions ont un rôle, c’est important de les accepter. »
La question du consentement
Dans la salle voisine, Angélique Bardon, psychologue, et Chloé Dallidet, assistante sociale, accueillent les garçons et discutent des questions que les élèves ont communiquées en amont de la séance : comment savoir que l’autre a envie ? Qu’est-ce qu’un préservatif féminin ? Qui peut décider d’une IVG ? Les réponses amènent réactions et commentaires. « Les garçons questionnent beaucoup le consentement, ils ont peur d’être accusés à tort, souligne Angélique Bardon. On insiste sur l’importance de la relation et de la confiance entre deux personnes. Et nous restons vigilantes sur cette posture que les adolescents interrogent aujourd’hui à l’heure du retour en force du masculinisme. » Des questions plus crues sont aussi posées. « On s’adapte au groupe en respectant chacun car c’est un âge où les différences entre les adolescents d’une même classe d’âge peuvent être importantes » explique Chloé Dallidet.
Être à l’aise pour en parler
Au point d’accueil et d’écoute jeunes (PAEJ) Le Passage à Carpentras, l’équipe accueille également les parents autour de ces interrogations. « Ils pensent parfois que la société leur demande d’être experts de la question alors que pas du tout, il faut plutôt avoir une posture de disponibilité, ouvrir le dialogue sans forcer la confidence, être ouvert sans être intrusif. Il y a des choses qui concernent le parent, d’autres qui ne le concernent pas. Et si on n’est pas à l’aise, il ne faut pas hésiter à se tourner vers des lieux comme les nôtres », conseille Chancella Pierlot, médiatrice jeunesse. À Niort, le groupe de collégiens est reparti. La salle d’attente se remplit. Tout l’après-midi, des jeunes venus seuls, parfois accompagnés d’un parent ou d’un ami, ont pris rendez-vous avec un professionnel de l’équipe. « Nous répondons à leurs questions et, en fonction de la situation, nous les redirigeons parfois vers une autre structure, le Planning familial, le centre de santé sexuelle du centre hospitalier ou encore la pédopsychiatrie », explique Frédéric Bouet. Avec toujours la même exigence : guider le jeune vers la ressource la plus adaptée.
Bon à savoirLes points d'accueil et d'écoute jeunes (PAEJ) sont des lieux accueillant des jeunes de 12 à 25 ans gratuitement, anonymement et sans inscription. Les jeunes peuvent venir discuter de leurs difficultés (scolarité, santé mentale, profession, conflits familiaux...) à des professionnels qualifiés. Les PAEJ sont présents partout en France et la Caf en finance 206. |
Pour aller plus loin :
Retrouvez un PAEJ près de chez vous sur le site cartosantejeunes.org
Retrouvez une MDA près de chez vous sur le site anmda.fr
Retrouvez la plateforme On sexprime de Santé Publique France