La Roulotte qui papote, ou l’art de souffler ensemble
La Roulotte qui papote, ou l’art de souffler ensemble
Bienvenue dans un lieu d’accueil enfants-parents à Carpentras, dans le Vaucluse
Entre jeux, câlins, partages et confidences, récit d’une matinée à La Roulotte qui papote, un lieu d’accueil enfants-parents comme il en existe partout en France.
Il est 9 h 15 ce mardi ensoleillé quand Léa franchit la barrière de « La Roulotte qui papote » avec son fils Nourdine, 14 mois. Ils traversent la cour, passent devant le bac à sable et pénètrent dans l’une des trois grandes salles de jeux, couverte de tapis et remplie de jouets et de livres. Nourdine enlève son manteau en vitesse et file choisir ses jouets avant d’en mettre un dans les mains de sa mère. Quelques minutes plus tard, c’est Beryl qui arrive à vélo avec Valentine, sa fille d’un an et demi. Elles habitent à quelques pas de là et profitent du grand soleil pour se rendre à La Roulotte, comme elles le font régulièrement depuis quelques mois. Nous sommes ici dans un lieu d’accueil enfants-parents (Laep), un espace pensé pour accueillir ensemble enfants et parents, librement, gratuitement, sans inscription. La Roulotte qui papote est itinérante sur sept lieux de l’agglomération Ventoux Comtat Venaissin.
Un espace de liberté
La règle d’or ici, c’est qu’il n’y a pas de règles – ou presque. Les accompagnants, parents ou grands-parents, viennent quand ils veulent, aussi longtemps qu’ils le souhaitent, à la fréquence qu’ils désirent. Beryl a découvert le dispositif grâce à une collègue, quand son fils Timothée avait 2 ans. Il en a aujourd’hui 5. « Je n’avais pas du tout entendu parler des Laep. Depuis que je les connais, on essaie de venir régulièrement, et de plus en plus maintenant qu’il fait beau. » Quant à Léa, c’est sur le site de l’agglomération qu’elle a trouvé cette bonne adresse. Elle s’y rend désormais jusqu’à quatre fois par semaine, à Carpentras, mais aussi à Mazan et à Caromb. Elle vient parfois avec sa fille Nour, parfois en famille complète, avec son mari. « J’essaye de bloquer une demi-journée pour vraiment être là sans regarder ma montre », précise Béryl.
Dehors, dedans : l’enfant explore.
Ce matin, Valentine fait des châteaux de sable avec Nourdine, avant de s’élancer vers le crocodile à bascule, la moto à trois roues et le toboggan. N’ayant pas d’espace extérieur chez elle, la petite apprécie particulièrement cet accès au jardin : « Ici, Valentine peut jouer dehors en sécurité. » Nourdine, lui, enchaîne les jeux sans se retourner, bien décidé à profiter de chaque recoin. Les espaces sont pensés en fonction du développement des enfants de 0 à 6 ans. À l’intérieur, la piscine à balles fait l’unanimité.
Les enfants s’ouvrent progressivement
Beryl observe les changements chez sa fille depuis qu’elle fréquente le lieu : « Je vois qu’elle s’ouvre un petit peu plus aux autres. La première fois qu’elle est venue, elle était dans son coin, il ne fallait pas trop l’approcher. Petit à petit, je la vois évoluer. » Même son de cloche chez Léa, qui raconte que sa fille aînée, Nour, était très accrochée à elle : « Le Laep lui a permis de s’écarter de moi peu à peu, sans la brusquer. Avant la rentrée à l’école, ça l’a beaucoup aidée. » Nourdine, lui, est un habitué du lieu depuis qu’il a 2 mois, il est, comme le dit sa mère avec un sourire, « le jour et la nuit par rapport à sa soeur. Il est à l’aise avec tout le monde ». Christine, bénévole à La Roulotte, parle très bien de ce que l’on offre ici aux tout-petits : la possibilité de « se séparer en présence », un apprentissage progressif de l’autonomie et de la sociabilisation, en douceur, dans un cadre sécurisant.
La place des parents
Si La Roulotte profite aux enfants, il est tout autant pensé pour les adultes. Hélène, l’une des deux référentes du lieu, insiste : « Le lieu d’accueil enfants-parents, ce n’est pas que pour l’enfant. Le parent a sa place, il peut venir pour se reposer, souffler, prendre du temps pour lui, tout en gardant ce lien avec son enfant. » Un espace parents est systématiquement aménagé. Ce matin, Beryl s’y installe pour papoter avec Sonia pendant qu’elle garde un oeil sur Valentine qui joue non loin. « On peut se confier sans jugement, dit-elle. Parfois, on a l’impression que pour les autres tout roule, alors qu’en fait on traverse tous des moments compliqués. » C’est l’un des grands apports du Laep : la parole circule entre les parents. Léa a pu bénéficier de conseils d’autres femmes pour arrêter l’allaitement. Elle a surtout noué une amitié profonde : « Une maman que j’ai rencontrée ici est maintenant ma meilleure amie. Elle a déménagé dans le Nord, mais on s’appelle tous les jours. »
On écoute, on ne juge pas
Sonia et Hélène, référentes du lieu, coordonnent une équipe de 12 accueillantes formées à l’écoute active, sans jugement, sans donner de solutions toutes faites. « On est là pour accueillir la parole et l’émotion dans l’instant présent, résume Sonia. Le fait de parler, de se savoir écouté, c’est là que les choses peuvent se régler petit à petit. » Souvent, c’est le groupe lui-même qui apporte les réponses. « Le parent repart avec un tas d’informations qu’il va pouvoir faire cheminer », explique Sonia. Il est bientôt 10 h 30. Nourdine montre des signes de fatigue. Léa range quelques jouets, remet ses chaussures à son fils, qui fait un geste d’au revoir à Sonia et Hélène. Avant de franchir la barrière, elle se retourne : « C’est très très bien, vraiment. Pour les enfants et pour nous aussi.»
| Bon à savoir : Un lieu d’accueil enfants-parents (Laep) est un espace de rencontres, d’écoute et d’échange pour les parents et leurs enfants âgés de 0 à 6 ans. La structure accueille les familles de manière anonyme et volontaire. Il existe plus de 1 500 Laep dans toute la France, financés par la Caf. |