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Hyperhidrose, ce handicap qui fait suer !

Vous suez à grosses gouttes alors que vous ne bougez pas de votre chaise et que la température ambiante ne dépasse pas les 20 degrés ? Vous souffrez peut-être d’hyperhidrose. Le point avec Dr Hervé Maillard, dermatologue au CHU du Mans.

Véritable calvaire pour ceux qui la subissent au quotidien, l’hyperhidrose se caractérise par une transpiration excessive au niveau des mains, des pieds, du visage… et parfois même du corps entier. Une gêne qui peut avoir un impact non négligeable sur la qualité de vie des patients, simplement parce qu’elle interfère avec les activités quotidiennes et les interactions avec les gens. Isabelle, 51 ans, qui en est atteinte depuis l’âge de 6 ans, peut en témoigner : « Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours transpiré excessivement des mains et des pieds, au point de ne pas pouvoir serrer la main d’une personne dans la rue, ou encore de devoir retirer mes chaussures quand je suis invitée chez quelqu’un. » Elle confie avoir longtemps développé des stratagèmes pour rendre cette gêne invisible au quotidien : « Plus jeune, je ne me séparais jamais d’un petit mouchoir pour m’éponger les mains en toutes circonstances, et je ne sortais pas sans avoir deux ou trois paires de chaussettes de rechange. »

Examen clinique

Indispensable au bon fonctionnement de l’organisme, parce qu’elle permet notamment de maintenir la température du corps à 37 degrés, la transpiration est plus ou moins abondante chez les individus. « Elle se déclenche généralement en cas de chaleur, d’effort physique ou de fièvre, mais aussi d’émotions fortes, de consommation de certains aliments (piments) ou de perturbations hormonales, comme la grossesse ou la ménopause… », remarque Dr Hervé Maillard, dermatologue au CHU du Mans. On la qualifie d’excessive dès lors qu’elle dépasse la quantité nécessaire pour assurer ses fonctions. On l’évalue sur une échelle de 1 à 4 en fonction du degré de gêne sociale qu’elle génère, le niveau 4 étant qualifié de « transpiration intolérable » par les personnes qui en souffrent.
Si la gêne est trop forte, il faut consulter ! Le généraliste est le médecin que l’on voit en premier, simplement parce que c’est lui qui nous connaît le mieux. Il va d’abord chercher à quantifier visuellement la transpiration, puis son impact sur la vie quotidienne. Puis il va devoir déterminer s’il s’agit d’une hyperhidrose primaire, présente depuis l’enfance ou l’adolescence et dont l’origine pourrait être génétique. Ou s’il s’agit d’une hyperhidrose secondaire, liée par exemple à une maladie (pathologie endocrinienne, problème neurologique…) ou à un traitement médicamenteux. Il va ensuite mesurer l’étendue de l’hyperhidrose sur tout le corps.

 

Des traitements existent

S’il s’agit d’une hyperhidrose localisée au niveau des aisselles, les patients peuvent se voir proposer en première intention des lotions anti-transpirantes, qui ont un effet purement chimique sur les glandes sudoripares, responsables de la transpiration. Notez qu’il existe une solution définitive qui consiste à détruire une partie des glandes sudoripares grâce aux micro-ondes, mais elle est très coûteuse et, de ce fait, peu pratiquée.
Si cela ne suffit pas, les patients sont envoyés chez un dermatologue qui peut proposer des injections de toxine botulique pour bloquer les glandes sudoripares des aisselles, mais aussi des mains, des pieds, du visage... « Cette technique, un peu douloureuse, peut être réalisée sous hypnose et doit être renouvelée tous les six mois environ », souligne Dr Maillard.
Si l’hyperhidrose est localisée au niveau des mains ou des pieds, le patient pourra avoir recours à l’ionophorèse, une technique consistant à plonger les mains ou les pieds pendant vingt minutes dans une bassine d’eau traversée par un courant électrique de faible intensité. « Son efficacité suppose de renouveler régulièrement les séances », prévient Dr Maillard.
Plus radicale : la sympathectomie, c'est-à-dire la section des nerfs déclenchant la transpiration dans la partie supérieure du corps. Mais attention : cette intervention, réalisée par un chirurgien thoracique, peut cependant entraîner une hyperhidrose compensatrice dans le bas du corps. « Depuis mon opération il y a 9 ans, je ne transpire plus des mains, mais j’ai développé une hypersudation au niveau du dos, du torse, des jambes et de l’aine. Je ne le vis pas bien du tout », remarque amèrement Isabelle. D’ailleurs, cette patiente n’est pas un cas isolé. En Suède, où cette intervention a fait polémique, de nombreux patients se sont plaints de cet effet secondaire pour le moins envahissant. Pour autant, la sympathectomie n’est pas interdite, notamment en France où elle n’est proposée qu’en dernier recours. « En général, les suites de cette opération sont bonnes », observe Dr Maillard.
En cas d'hypersudation généralisée, le médecin pourra prescrire de l'oxybutynine, un médicament qui bloque la production de sueur de manière systémique.
Et si rien de tout cela ne suffit, il faudra apprendre à vivre avec, avec l’aide de professionnels de l’écoute, par exemple.

Linda Taormina

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