Déjouer les pièges de la désinformation
Déjouer les pièges de la désinformation
Images virales, récits trompeurs, émotions amplifiées : à l’ère des réseaux sociaux, l’information circule vite, a tendance à se transformer et mérite souvent d’être décryptée, vérifiée, comparée. Nous avons donc besoin de développer notre esprit critique. Les initiatives pour accompagner les usages numériques auprès des jeunes et des parents se multiplient, parce qu’il est important de pouvoir aussi partager le sujet en famille.
Un après-midi d’hiver, de jeunes collégiens se pressent dans le hall du château des Terrasses à Conflans-Sainte-Honorine. Cette ancienne villa du 19e siècle abrite aujourd’hui une des MJC (maison des jeunes et de la culture) des Yvelines. Un atelier, issu de la « Malle Des-Infox » des MJC de France, est proposé ce mercredi, animé par Sofian Bouguetof. Le responsable du secteur jeunesse accueille les jeunes venus en nombre et les répartit en deux groupes. La séance peut commencer avec une question : « Pour vous, c’est quoi s’informer ? »
Décrypter l’information, chercher sa source
Au départ réservés, les participants commencent à prendre la parole autour d’un premier débat. « Uriner sur une piqûre de méduse soulage-t-il la douleur ? Le dernier condamné à mort en France a-t-il été guillotiné en 1977 ? Le harcèlement toucherait 5 % des collégiens, vrai ou faux ? » Sofian et Claire Pirson, animatrice à ses côtés, lancent des questions et invitent les jeunes à se positionner dans la salle en fonction de panneaux au sol qui indiquent « probable », « pas probable », « sujet qui me touche fort » ou « faiblement ». Chaque sujet fait réagir et les animateurs invitent à chercher la source de l’information et à la classer du plus au moins fiable : étude scientifique, parole d’expert, parole rapportée, « on-dit ».
Faire réfléchir, débattre, créer des espaces d’expression
Eya et Eden, en classe de 4e, apprécient ces ateliers : « Ici, on peut poser nos questions sans être jugés et réfléchir ensemble.» Kaïs, élève de terminale, retient l’approche pédagogique et ludique. Les participants sont ensuite invités à rédiger un article de journal sur une intoxication alimentaire fictive à la cantine. Objectif : montrer, en fonction de la manière dont on traite une information, comment elle peut prendre des proportions différentes. « L’idée est de leur apprendre à penser par eux-mêmes, décrypter des images, questionner des histoires, repérer les manipulations », explique Sofian.
Accompagner les usages
Sara Jourdin, chargée de mission « Éducation aux médias et à l’information » pour les MJC de France, rappelle combien il est important de sensibiliser sur le sujet : « Dans un monde où l’information circule vite, savoir la vérifier est devenu essentiel pour éviter de se faire manipuler et surtout, pour mieux comprendre le monde. » Le réseau des MJC multiplie les outils à cet effet : kit pédagogique, podcasts, discussions autour de la liberté d’expression… La même dynamique anime le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information (Clémi), avec de nombreuses ressources et des coordonnateurs par académie qui interviennent pour sensibiliser et former le monde enseignant, les jeunes et les familles. Parmi eux, Mélissa Rouget, professeure-documentaliste dans un collège de Thiers. Pour elle, il est important de ne pas stigmatiser : « Notre rôle n’est pas de critiquer les usages mais d’amener à prendre du recul, à s’interroger sur la fiabilité d’une information, sur la responsabilité que l’on peut avoir dans le partage d’un post, sur la démarche professionnelle du journaliste comparée à celle d’un influenceur ou d’un producteur de contenus... Se poser ces questions, c’est aussi acquérir des compétences, utiles dans toutes les disciplines et dans la vie en général. »
Accepter la nuance
Les jeunes sont très demandeurs et viennent aussi souvent trouver des clés pour en parler avec leurs parents. « Les enfants savent comment marche un réseau social, mais les parents peuvent aider à une meilleure compréhension des informations qui y circulent. D’où l’importance d’en parler en famille », souligne Julien Pain, journaliste spécialisé dans la lutte contre la désinformation. Le présentateur de l’émission « Vrai ou Faux » sur France Info anime également une émission sur Twitch et part, dès qu’il le peut, à la rencontre des citoyens et des jeunes. « Le premier mensonge dans la désinformation, c’est de faire croire qu’il n’y a qu’une seule réponse. L’important est d’accepter la nuance. Nous vivons un changement de paradigme avec une information fleuve qui arrive de partout. Nous ne pouvons pas être spécialiste de chaque sujet et croire que nous pouvons tout vérifier. Il faut apprendre à faire confiance tout en essayant d’aller chercher la source. » Et le faire en famille, c’est aussi une manière d’établir un rapport de confiance entre parents et enfants sur les usages des écrans, de développer ensemble un esprit critique. « Et ce n’est pas toujours dans le sens que l’on croit : des élèves nous rapportent parfois qu’ils ont sensibilisé leurs parents qui avaient pu tomber dans le piège d’une désinformation. Nous sommes tous concernés, et chaque génération apporte à l’autre », conclut Mélissa Rouget.