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Aider un proche alcoolique : les conseils d’une addictologue

Si les Français boivent moins qu’il y a 30 ans, 23,6 % des 18-75 ans dépassent les repères de consommation recommandés(1). Comment identifier une addiction à l’alcool chez un proche ? Comment l’aider au mieux ?

Alors que l’alcool est souvent synonyme de fête et de convivialité, ce produit reste dangereux pour la santé. En France, il est même responsable de 28 000 cancers chaque année(2). Et s’il n’est pas rare de constater une consommation excessive chez un proche, l’addiction est parfois difficile à identifier. « Certains signes peuvent mettre sur la voie d’une addiction à l’alcool qui est, dans 80 % des cas, associée à un autre trouble de santé mentale comme la dépression ou les troubles du sommeil, explique Géraldine Talbot, psychiatre addictologue au CSAPA de Montreuil(3). Une personne ayant un trouble associé à l’alcool n’est souvent plus en capacité d’accomplir ses tâches habituelles, se détourne de ses centres d’intérêt, s’absente du travail, a un comportement relationnel qui se modifie… » Une personne alcoolique peut se mettre à cacher sa consommation d’alcool pour boire dès le matin, par exemple. Chez les plus jeunes, la répétition d’alcoolisations aigües avec la  « gueule de bois » (vomissements, maux de ventre, pertes de connaissance…) doit alerter.

Préférer le dialogue à la confrontation 


Face à ce faisceau d’indices, il est important de garder à l’esprit que la personne boit sans doute parce qu’elle ressent un mal-être plus profond. « En première approche, je conseille d’y aller en douceur, poursuit Géraldine Talbot. Il peut être pertinent de lui demander ce qui ne va pas, de lui proposer d’en parler et de le mettre progressivement sur la voie d’un possible problème avec l’alcool. » Si la personne se montre motivée pour agir, elle peut être orientée vers son médecin généraliste qui l’aiguillera vers une consultation spécialisée adaptée. « Mais les délais pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste peuvent être longs, prévient Géraldine Talbot. Je conseille de se rapprocher d’une association qui propose notamment des groupes de parole entre pairs mais aussi pour les proches comme les Alcooliques Anonymes, La Croix Bleue, Alcool Assistance la Croix d’Or, Vie Libre… ». « Pour mon frère alcoolique, nous nous sommes tournés vers la Croix Bleue à Poissy, témoigne Raphaël. Ils ont été d’un grand soutien. Mes parents et moi avons été plusieurs fois à des groupes de parole avec et sans mon frère pour essayer de l’aider au mieux. Malheureusement, sur la durée, il a arrêté d’y aller… ».

S’occuper de soi, pour mieux prendre soin de l’autre


Sortir de la dépendance à l’alcool est un chemin long et difficile pour la personne concernée comme pour ses proches qui peuvent ressentir de l’impuissance, de la tristesse, de la colère. « C’est surtout pour mes parents que c’est difficile. Ils le retrouvent parfois chez lui, cloitré dans son lit sans plus pouvoir bouger. Ils ont arrêté de partir en voyage longtemps de peur qu’il récidive. C’est un tabou qui gâche la vie de tout le monde » regrette Raphaël. Mais là encore, « il est important d’essayer de maintenir le dialogue, de soutenir la personne dans ses choix et de limiter l’agressivité, tout en se faisant soi-même aider par une association ou un psychologue car cette situation peut être épuisante », conseille Géraldine Talbot. Il peut être tentant de forcer son proche malade à consulter « mais c’est bien souvent inefficace car la personne n’est pas encore prête », assure Géraldine Talbot. Si l’hospitalisation sous contrainte n’est pas pratiquée pour les problèmes d’addiction, la cure de sevrage à l’hôpital peut être prescrite, dans certaines situations. « Mais cela aboutit rarement à une amélioration durable car une rechute est constatée dans 80 % des cas, prévient Géraldine Talbot. C’est comme un régime yo-yo : on se prive de tout d’un seul coup et on reprend aussitôt après. Ce qui marche, c’est d’apprendre à changer ses habitudes, de travailler sur soi sur le long cours. Et dans ce processus, le soutien des proches peut faire la différence. »

(1)    Santé Publique France, 2017
(2)    Institut national du cancer, 4e baromètre du cancer, 2023
(3)    Les CSAPA sont des Centre de Soin d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie. Pour trouver un centre proche de chez vous, rendez-vous sur drogues-info-service.fr.

Chloé Dussère

Pour aller plus loin :

L’application Oz Ensemble développée par l’association CaPASSCité, co-fondée par Géraldine Talbot, pour tester son rapport à l’alcool et bénéficier de conseils adaptés

« Comment vous faire aider ? » Sur le site Alcool-info-service

L’Association française des aidants

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